Le paradoxe central : pourquoi des millions d'hommes obéissent à un seul tyran

Première générale Spé · Français — Bac de français 1ère

À retenir

• Paradoxe : une multitude endure un seul homme qui n'a de puissance que celle qu'elle lui donne. • « Servitude volontaire » : oxymore ; la servitude dure parce que les sujets consentent. • Le nombre est du côté des sujets : ni la force ni la peur ne suffisent à expliquer l'obéissance. • Le paradoxe ouvre l'enquête sur les causes : coutume, divertissements, intérêts.

Le cours

1. La question de départ Dès les premières pages, La Boétie formule son étonnement : « Je ne voudrais sinon entendre comment il se peut faire que tant d'hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations endurent quelquefois un tyran seul, qui n'a puissance que celle qu'ils lui donnent ; qui n'a pouvoir de leur nuire, sinon tant qu'ils ont vouloir de l'endurer. » La gradation (hommes, bourgs, villes, nations) fait grossir la foule face à un seul homme ; les tournures restrictives (« n'a puissance que celle qu'ils lui donnent ») déplacent la responsabilité vers ceux qui obéissent. 2. Un oxymore programmatique Le titre associe deux termes qui semblent s'exclure : la servitude (état de contrainte) et le caractère volontaire (ce qui dépend de la volonté). Le paradoxe est là : si la servitude dépend de la volonté des sujets, il suffirait qu'ils cessent de vouloir servir pour être libres. Que deux ou trois hommes ne se défendent pas contre un seul peut se comprendre ; que des milliers s'y soumettent ne s'explique plus par la peur ou la faiblesse : La Boétie y voit un « malheureux vice » qui n'a même pas de nom. 3. Exploiter le paradoxe Le paradoxe n'est pas une insulte au peuple : c'est le point de départ d'une enquête. 1. Citer les deux termes : un seul homme, une multitude. 2. Montrer que la force est du côté du nombre, donc que la contrainte n'explique pas tout. 3. En déduire la question qui organise le Discours : quelles causes poussent les hommes à consentir ? (coutume, divertissements, intérêt des favoris). 4. Attention « Volontaire » ne veut pas dire « désiré » ni « heureux » : la servitude est volontaire parce qu'elle cesserait si la volonté changeait, non parce que les sujets aiment souffrir.

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