Liberté naturelle et égalité originelle des hommes selon La Boétie
Première générale Spé · Français — Bac de français 1ère
À retenir
• La nature nous a faits « de même forme » et « à même moule » pour que nous nous reconnaissions frères. • Les inégalités de force ou d'esprit servent l'entraide, non la domination. • Argument a fortiori des bêtes : elles défendent leur liberté, l'homme devrait le faire bien plus. • La servitude est un « malencontre » qui a « dénaturé » l'homme.
Le cours
1. Tous faits « à même moule » « Cette bonne mère [la nature] nous a donné à tous toute la terre pour demeure, nous a tous logés aucunement [en quelque sorte] en même maison, nous a tous figurés à même pâte, afin que chacun se pût mirer et quasi reconnaître l'un dans l'autre. » Pour La Boétie, la nature nous a faits de même forme pour que nous nous reconnaissions « compagnons ou plutôt frères ». Elle nous a donné la voix et la parole pour mettre en commun nos pensées. L'égalité est donc originelle, et la liberté aussi : nul n'est né pour servir. 2. Et les inégalités de talent ? La nature a donné aux uns plus de force ou d'esprit qu'aux autres. Mais, répond La Boétie, elle ne nous a pas mis au monde comme dans un « camp clos » où les plus forts écraseraient les plus faibles : ces différences donnent l'occasion de s'entraider et d'exercer l'affection fraternelle. 3. L'argument des bêtes La Boétie appuie sa thèse sur l'observation des animaux : Les animaux, s'ils pouvaient parler, crieraient « Vive liberté ! » : certains meurent plutôt que de vivre captifs. Les éléphants, sur le point d'être pris, se brisent les défenses contre les arbres ; le bœuf gémit sous le joug, l'oiseau se plaint dans sa cage. C'est un argument a fortiori : si les bêtes défendent leur liberté, l'homme, doué de raison, devrait la défendre bien davantage. 4. Le « malencontre » Si la liberté est naturelle, la servitude est un accident : La Boétie se demande quel « malencontre » (malheur, mauvaise rencontre) a pu « dénaturer » l'homme au point de lui faire perdre le souvenir de son premier état et le désir de le reprendre. Attention à ne pas parler de « droits de l'homme » au sens de 1789 : il s'agit d'un ordre naturel, non d'une déclaration juridique.
Dans ce chapitre
- L'argumentation directe : thèse, arguments et exemples de Seconde
- Registres comique, satirique et ironique de Seconde
- Le portrait moral et physique : blâme et éloge de Seconde
- La Boétie et son temps : humanisme, guerres de religion et amitié avec Montaigne
- Le paradoxe central : pourquoi des millions d'hommes obéissent à un seul tyran
- La coutume : première raison de la servitude volontaire
- La rhétorique du Discours : apostrophes, questions oratoires et exemples antiques
- Le tyran sans force propre : le colosse aux pieds d'argile et le retrait du consentement
- Liberté naturelle et égalité originelle des hommes selon La Boétie
- La dénonciation des flatteurs, des mignons et des petits tyrans
- Le parcours « Défendre et entretenir la liberté » : vigilance et refus du confort servile
- L'éloquence humaniste : latinité, références antiques et véhémence du style
- Postérité du Discours : de la désobéissance civile aux lectures modernes de la liberté
- Bilan : Synthèse et méthode sur le Discours de la servitude volontaire