Le tyran sans force propre : le colosse aux pieds d'argile et le retrait du consentement

Première générale Spé · Français — Bac de français 1ère

À retenir

• Le tyran « n'a que deux yeux, n'a que deux mains, n'a qu'un corps » : sa force est prêtée. • « Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres. » • Image du colosse « à qui on a dérobé sa base » : sans soutien, il s'écroule de son propre poids. • Le remède est un refus collectif de servir, non un attentat.

Le cours

1. Un homme comme les autres « Celui qui vous maîtrise tant n'a que deux yeux, n'a que deux mains, n'a qu'un corps, et n'a autre chose que ce qu'a le moindre homme du grand et infini nombre de vos villes, sinon que l'avantage que vous lui faites pour vous détruire. » La répétition de la tournure restrictive « n'a que » ramène le tyran à un corps ordinaire. Sa seule supériorité est « l'avantage que vous lui faites » : la puissance est un prêt consenti par les sujets. 2. Le retrait du consentement « Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres. Je ne veux pas que vous le poussiez ou l'ébranliez, mais seulement ne le soutenez plus, et vous le verrez, comme un grand colosse à qui on a dérobé sa base, de son poids même fondre en bas et se rompre. » Il ne s'agit ni de complot ni d'assaut : il suffit de ne plus soutenir. La statue géante privée de son socle s'effondre sous son propre poids. L'expression courante « colosse aux pieds d'argile » vient d'un autre texte, le livre biblique de Daniel ; chez La Boétie, le colosse tombe parce qu'on lui retire sa base, c'est-à-dire le soutien des sujets. 3. Comment exploiter l'idée 1. Montrer d'où vient la force du tyran : gardes, impôts, officiers, tout est fourni par les sujets. 2. En déduire que cette force est empruntée, donc révocable. 3. Souligner la nature du remède : un refus collectif, non une violence. 4. Mesurer la difficulté : si le remède est simple, c'est que la servitude tient à d'autres causes (coutume, intérêt). 4. Nuance attendue La Boétie admire les libérateurs antiques (Harmodios et Aristogiton, Thrasybule, Brutus et Cassius), signe que l'amour de la liberté ne s'est jamais éteint. Mais le moyen qu'il propose aux peuples n'est pas l'assassinat du tyran : c'est le refus de le servir.

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